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12 juin 2005

Mouvement d'ensemble

Nous donnons ici une idée du mouvement d’ensemble de Différence et répétition (DR), tel qu’on peut déjà le percevoir à travers sa Table des matières détaillée. Merci aux lecteurs qui voudront bien me faire part de leurs remarques et commentaires.


Introduction : Répétition et différence

La répétition est le problème de l’existence. Le problème de l’existence, le problème du tragique, de ce qui mérite d’être vécu, etc. doivent être posés dans le cadre d’une philosophie de la répétition. Les trois penseurs de l’existence comme répétition ou de la répétition comme pire aliénation et plus grande délivrance sont : Kierkegaard, Nietzsche, et, un peu en retrait, Péguy. Si Deleuze pose la question d’une grâce ou d’un salut, c’est sous le signe de la répétition chez ces auteurs (le protestant, l’athée, le catholique).

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Des répétitions, on en rencontre dans trois grands ordres : le langage, la nature, la liberté. Du côté des mots, du côté des choses, des plantes et des animaux, du côté de l’homme, de l’art, de l’histoire.

La répétition, c’est l’existence, contre toutes les généralités (thème que Kierkegaard a déjà développé, contre Hegel ; l’adversaire principal de Deleuze, dans ce livre, reste donc Hegel). C’est pourquoi Deleuze va distinguer soigneusement la répétition de la généralité, selon trois aspects. Selon les conduites (la méthode de Sartre) : les conduites de répétition ne sont pas celles de généralité. Selon la loi : loi de nature ou scientifique (la méthode de Comte pour l’existence) ou loi morale (la méthode de Kant pour l’existence) ne concernent que la généralité dans les ordres de la nature et de la liberté ; alors que « si la répétition est possible, elle est du miracle plutôt que de la loi ». Selon le concept (la méthode leibnizienne vulgarisée) : concepts nominaux (Tournier : répétition gémellaire), concepts naturels (Kant : objets symétriques), concepts de la liberté (Freud : principe de plaisir et pulsion de mort).

Le leibnizianisme vulgarisé brillamment croqué par Deleuze est de première importance. On y voit déjà s’articuler une philosophie de la différence (logique et ontologie de la différence chez Leibniz – l’essence) et un système des répétitions (dans les mots, la nature et la liberté – l’existence). Cette provisoire philosophie de la différence s’avère insuffisante pour penser la répétition.

On le voit, l’Introduction (Répétition et différence, dans cet ordre) conduit du problème de l’existence (comme système des répétitions, philosophie de la répétition) au problème de la logique et de l’ontologie (à elles deux : philosophie de la différence) qui permettraient de penser les vraies répétitions dans l’existence.

Certains accents de modestie de l’Avant-propos ne doivent donc pas nous tromper. Il ne s’agit pas seulement d’un « air du temps » (« Le sujet traité ici est manifestement dans l’air du temps »), mais de ce qui mérite d’être vécu : une répétition qui sauve, ou les bonnes répétitions contre toutes les mauvaises habitudes.


Chapitre 1 : La différence en elle-même
Chapitre 2 : La répétition pour elle-même

Il s’agit des deux concepts que mentionne la quatrième de couverture, des deux directions de recherche dont parle l’Avant-propos. On pense à l’en-soi et au pour-soi de Sartre (qui en prend les noms à Hegel) : on n’a pas tort, mais Deleuze explore ces directions d’une manière très différente de Sartre.

La première direction de recherche consiste à purifier la différence, la seconde aura parmi ses résultats d’habiller la répétition. Déshabiller Pierre pour habiller Paul. Débarrasser la différence du primat de l’identité ; découvrir sous la répétition, même la plus matérielle, même la plus nue, une répétition cachée, comme une ipséité. Nous ne voyons pas mieux que ce couple identité / ipséité pour dire en peu de mots l’opération des deux lignes. Deleuze, lui, dit « subjectivité » plutôt qu’ « ipséité ». Il nous semble que c’est la « mêmeté » qui est ici soigneusement divisée.

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Chapitre 3 : L’image de la pensée

Ce sont les présupposés, les postulats qui fondent la Longue Erreur. (Longue Erreur qui a pour conséquence aujourd’hui de nous empêcher de penser les vraies répétitions.) On peut rapprocher cette « image (dogmatique) de la pensée » de ce que Heidegger appelle « la métaphysique », de ce que Nietzsche appelle « le platonisme ». Sortir de la métaphysique, renverser le platonisme. (Deleuze, lui, revendique souvent le mot de métaphysique pour sa philosophie ; et il lui arrive de dire qu’il faut garder beaucoup du platonisme, même quand on le renverse.) Deleuze, ici, n’emploie pas ces mots-là. Il emploie ses mots à lui, il pose le problème hors du cadre de l’herméneutique heideggérienne, et dans un autre cadre que la généalogie nietzschéenne. Pour son « empirisme », la Longue Erreur concerne « l’image de la pensée ».


Chapitre 4 : Synthèse idéelle de la différence
Chapitre 5 : Synthèse asymétrique du sensible

A présent, Deleuze expose sa philosophie de la différence. Elle est indissociable d’une méthode, d’un mouvement, qu’il appelle « méthode de dramatisation » et qu’il a présentés à la Société française de philosophie peu de temps avant de publier DR.

Bien entendu, ces deux chapitres, qui disent en détail comment Deleuze propose de libérer la philosophie de la Longue Erreur, sont les plus importants du livre. Ce sont aussi les plus difficiles. Nous trouvons dans l’Avant-propos cette phrase, qui nous semble le chiffre de toute son entreprise : « L’empirisme, c’est le mysticisme du concept, et son mathématisme ». Le chapitre 4 s’attache au « mathématisme » de l’Idée (comme différentielle idéelle), le chapitre 5 au « mysticisme » des intensités (comme divers sensible d’une Expérience élargie).

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Conclusion : Différence et répétition

Dans l’Introduction, l’attrayant leibnizianisme vulgarisé proposé par Deleuze comme doctrine provisoire de la différence s’était montré insuffisant pour penser les vraies répétitions. Il s’agit de montrer, dans cette conclusion, que la philosophie de la différence développée dans les chapitres 4 et 5, elle, est à même de le faire. Nous pouvons même espérer en apprendre davantage sur les répétitions qui sauvent (si le fil directeur constitué par Kierkegaard, Nietzsche et Péguy ne s’est pas rompu – si Ariane pendue n’est pas morte !)

Commentaires

Béotien, votre approche de Deleuze comme "philosophe de l'existence" me donne l'eau à la bouche. L'"ipséité" fait-elle allusion à Ricoeur (Soi-même comme un autre) ? C'est amusant de trouver Ricoeur dans Deleuze. Par contre, je ne vois pas d'où vous sortez Sartre et Comte.

Ecrit par : Azerty | 16 juin 2005

Je n'ai pas lu Ricoeur et vais m'empresser de le faire : de façon indirecte, c'est de lui que vient cette "division de la mêmeté". Maxence Caron en parle dans son pavé sur Heidegger.

Comte et le positivisme cherchent partout des "lois", et L'être et le néant est une phénoménologie de la conscience à travers certaines "conduites". Deleuze ne les cite pas au début de DR, mais je crois qu'on peut y trouver une allusion.

Merci pour ces encouragements.

Ecrit par : Béotien | 16 juin 2005

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